Aujourd’hui nous sommes le 26 septembre 2019, il y a deux jours exactement je suis allée à mon rendez-vous de bilan suite à des examens médicaux. J’ai passé une échographie en mai dernier et rien à signaler à première vue. Puis j’ai passé l’IRM fin août, et on peut observer sur les images un nodule, de 24mm de long et 14mm de large environ. Entre les deux, pendant ce laps de temps, je me suis dit « Marine tu n’as peut-être rien, ou en tout cas pas quelque chose d’assez grave pour être visible, ou même ça a disparu ». Mais je me suis voilé la face, car les symptômes étaient toujours présents. Et après le résultat de l’IRM, j’ai fait la forte, genre « oui ok je le savais, pas de surprise je sentais bien que c’était là, ce n’est pas grave ». Mais j’ai l’endométriose, un nodule placé derrière le périnée, un nodule qui touche la zone utérosacrée, un « stade 4 ». Le spécialiste me dit que peu importe le stade, ça n’a pas trop d’importance, ce qui compte c’est ma gestion de la douleur et mon bien-être, celui de mon couple aussi. Mais il est là, j’ai un nodule qui provoque des douleurs difficilement supportables depuis des années, et qui a été accentué par ma faute il y a quelques mois. Depuis mardi, je mets un temps fou à m’endormir et quand je me réveille trop tôt, tant pis, impossible de me rendormir. En fait, ça y est, je me sens angoissée. Jusqu’ici je gardais pieds parce que je savais bien qu’il fallait trouver quelque chose, mettre un nom sur ce que je portais en moi et qui m’apportaient ces symptômes. Mais je porte cela en moi, ce nodule, il est accroché là, pile à cet endroit, et je me pose tellement de questions… Même si j’ai déjà commencé à y répondre, c’est présent et je ressens que le chemin peut être encore long avant de réellement comprendre. Je ne sais pas si un jour ça va disparaître totalement, mais l’objectif en tout cas, c’est dans un premier temps d’amoindrir les différents symptômes (ce sur quoi je travaille déjà depuis un moment), pour finir par ne plus les ressentir…

J’ai besoin de retracer aujourd’hui mon histoire de femme, l’histoire de mon corps de femme, parce que ça remonte à loin, parce que j’ai besoin d’aller chercher en profondeur les causes de ces maux qui sont les miens.

Enfant, j’ai connu les piqûres pour traiter la puberté précoce. Je me souviens être allée avec ma mère jusqu’à la grande ville la plus proche, avec la pommade sur le bras, prête à me faire injecter ce qu’il fallait, sans en avoir la véritable conscience. C’est juste une image, ce dont je me rappelle le plus, ce sont les crises de poussée que j’avais, quand je grandissais trop vite d’un coup et que mes genoux me faisaient souffrir. En CM2, j’avais de la poitrine, des poils et des vergetures, et ce fut l’arrivée de mes premières règles. Je me souviens de la première fois que je les ai eues à l’école, j’avais déjà de fortes douleurs et je me rappelle avoir vomi dans les toilettes de la cour de récré. Nous avions du manger quelque chose à base de sauce tomate, et j’ai assimilé le liquide qui sortait de ma bouche à celui de mes règles. J’étais dégoûtée, j’ai tout de suite haï mes règles. Je ne comprenais pas encore l’utilité de ce corps et de ce cycle, parce que je n’étais qu’une enfant et qu’à cet âge, à cette époque, qui pour nous expliquer, qui s’était déjà vraiment posé la question… Et ça a duré de nombreuses années. A l’entrée au collège, j’étais vraiment très complexée. J’ai passé des années ensuite à ne pas aimer mon corps, à détester mon cycle.

Au lycée les douleurs menstruelles se sont accentuées, c’était très handicapant pour moi. J’ai plusieurs fois dû louper les cours parce que je ne pouvais pas tenir, le plus difficile étant quand les douleurs arrivaient pendant. Je me souviens d’une fois où je suis restée enfermée dans ma chambre d’internat, incapable de bouger et de gérer mes douleurs, d’une autre fois où j’ai dû aller me reposer à l’infirmerie, pendant un cours de littérature… Puis de cette fois plus traumatisante pendant un TP de physique-chimique, où j’ai commencé à me sentir mal. J’ai levé la main une première fois pour demander à sortir, mais la professeure m’a demandé de tenir bon pour le devoir. Je n’ai pas réussi, et à la deuxième fois, trou noir :  je me suis réveillée allongée sur une couche de manteaux. C’était mon premier malaise vagal. Et mon super-héros du jour, un camarade placé derrière moi, a eu le réflexe de me retenir, et tous les autres ont mis leurs blousons au sol pour m’allonger dessus. Une grande preuve de bienveillance, j’étais très gênée et très reconnaissante à la fois, j’ai compris que je n’étais pas seule et qu’il n’y avait pas de jugement, même si la suite a été plus compliqué à gérer. Parce que je n’ai pas réussi à me relever, impossible de marcher. L’infirmière du lycée a été appelée pour venir me chercher en fauteuil, et la sonnerie ayant retenti, je suis sortie poussée par elle en plein milieu de la pause, j’ai traversé la cour dans cet état de faiblesse et tout le monde me regardait, et je souriais bêtement, nerveusement, en répondant des « ça va » à tous les copains qui venaient m’accompagner en route. Une fois arrivée à l’infirmerie je suis allée aux toilettes et je me suis rendue compte que j’avais perdu énormément de sang. On m’a filé un spasfon et ma grande sœur est venue me chercher, elle a pris bien soin de moi. Et ça a été le premier épisode de nombreux malaises, que j’ai par la suite réussi plus ou moins à gérer pour ne pas tomber dans les pommes (m’allonger par terre, les jambes en l’air…).

Ça a été dur aussi dans le monde du travail, je me souviens de douleurs difficilement gérables alors qu’il fallait absolument tenir la cadence pendant mes jobs d’été. A la fac où je restais enfermée chez moi en PLS, loupant des cours parce que j’étais incapable de simplement descendre les escaliers de mon appart pour aller prendre le bus. C’est aussi l’époque où j’ai entendu parler de l’endométriose, une de mes amies avaient été diagnostiquée, et je me souviens de l’enfer qu’elle vivait, de ses douleurs et de ses angoisses. Mais à aucun moment je ne me suis dit que c’était possible pour moi aussi, je ne comprenais pas encore vraiment ce que c’était, je me disais même « terrible ce qui lui arrive, c’est vrai que c’est difficile de gérer de telles douleurs, je connais », mais ce n’était pas pareil pour moi, en tout cas à cette époque j’en étais convaincue. Ensuite je suis rentrée dans le monde du travail avec un service civique en même temps que ma dernière année de master. Il m’est arrivé de devoir m’allonger les jambes en l’air dans le bureau, où je restais cachée car c’était trop compliqué de gérer l’accueil ces jours-là. Et de la fois où j’ai dû appeler mon tuteur et ami, un homme donc, pour lui expliquer que j’étais dans l’incapacité de prendre le volant parce que c’était un premier jour de règles trop compliqué. J’ai eu la chance de trouver une équipe bienveillante et attentionnée dans ces moments-là. Ça n’a pas forcément été le cas dans mes jobs qui ont suivi. Une fois je me suis sentie tellement mal que j’ai dû demander à partir, j’ai expliqué mes symptômes parce que je n’arrivais pas à confier à ma directrice, pourtant une femme d’un certain âge, que j’avais des règles douloureuses. Alors j’ai dit que j’avais mal à la tête, mal au ventre et des vertiges, elle m’a parlé de la grippe et m’a laissé partir, je n’ai rien dit de plus et je suis rentrée chez moi, après une longue pause dans ma voiture sur le parking le temps de gérer la crise pour pouvoir prendre le volant.

Pendant plusieurs périodes de ces années-là j’ai essayé la pilule, et c’est vrai que ça calmait les douleurs, mais à l’âge adulte cela m’a posé problème, parce que je commençais à prendre conscience de mon corps de femme et de mes cycles, et que je n’avais plus envie d’ingérer des hormones. Comme le préservatif était compliqué pour mon amoureux, j’ai pensé au stérilet en cuivre. C’était en 2018, je me le suis fait poser, et ça a été l’une des plus grosses erreurs que j’ai pu commettre envers mon corps. Je me pardonne aujourd’hui parce que je sais que c’était un passage nécessaire pour avancer sur tout ça, pour conscientiser pas mal de choses vis-à-vis de mon corps de femme. La pose a été d’une douleur assez aigue, j’ai tourné de l’œil. Et trois mois plus tard au rendez-vous de contrôle de la pose, la gynéco m’annonce qu’il n’est pas du tout en place. Incapable de savoir depuis quand. Panique à bord, donc aucune protection depuis peut-être trois mois… J’ai fait les tests et ouf, pas de conception durant ce laps de temps. Mais le hic, c’est que quand j’ai vu les résultats négatifs, j’ai été déçue… Oui, moi, moi qui disait à l’adolescence que je n’aurais jamais d’enfants, moi qui me disait même parfois « si seulement je pouvais être stérilisée »… C’est affreux cette pensée ! Oui mais je l’ai eu de nombreuses fois, tellement j’avais mal et ne réalisais absolument pas pourquoi. Mais là, face à ce résultat, j’étais totalement déstabilisée, pourquoi ce résultat me chiffonnait-il autant ? J’ai commencé à me poser des questions, à reconnecter véritablement avec mon corps et ma féminité. Aujourd’hui je suis une femme, j’aime mon corps, j’aime mon cycle, j’aime mes menstruations, je suis amoureuse, je veux des enfants un jour. Le stérilet m’a donc été retiré, encore douloureusement, et avec mon conjoint nous avons décidé de rester sur le préservatif, car il était hors de question pour moi de retenter la pose ou de reprendre la pilule (j’ai appris ensuite lors de ma première rencontre avec le gynéco spécialiste de l’endométriose que le stérilet en cuivre était précisément ce qu’il ne fallait pas faire en cas de nodule car cela ne faisait que l’accentuer, d’où les nouveaux symptômes ensuite, mais je ne le savais pas au moment de la pose, n’ayant jamais été diagnostiquée, et c’est pourtant pas faute d’avoir dit à mes précédentes gynéco et médecins que mes règles étaient très douloureuses…).

Peu de temps après ce retrait, de nouveaux symptômes sont arrivés en lien avec mon cycle. Et trois mois plus tard j’entendais l’appel d’Isis, au départ sans trop savoir pourquoi… Je me suis inscrite pour une initiation qui avait lieu encore deux mois plus tard, et pendant ce laps de temps, je voyais défiler devant mes yeux des articles et vidéos sur l’endométriose… Cette fois j’étais à l’écoute, j’ai commencé à me renseigner sur ce que c’était vraiment, et j’ai commencé à me dire que c’était peut-être ça que j’avais en moi… En fait j’en avais déjà la certitude, mais aucun diagnostic n’avait encore été fait. Lors de l’initiation, l’endométriose ressort encore, et ça me parle profondément.  Après l’initiation c’était vraiment le moment pour moi de travailler à fond mon pôle féminin, ce pauvre laissé-pour-compte depuis un sacré bail. Je me suis rendue compte que j’avais toujours refoulé ma féminité véritable, qui j’étais au fond de moi, que j’avais toujours été plus de l’autre côté. J’ai travaillé sur ça, j’ai épousé mes deux pôles, je les ai reliés et équilibrés. J’ai pris plus soin de mon corps de femme et j’ai surtout jeté un nouveau regard sur lui et sur la beauté de son appareillage. Je le traite avec plus de douceur, d’attention et avec beaucoup d’amour, surtout pendant la période de mes menstruations. Ça faisait déjà quelque temps que j’étais passé à la cup et au protège-slip en tissus. J’aime observer ce sang qui vient de moi, qui me nettoie et qui me fait vibrer plus fort. Je l’offre d’ailleurs à mes plantes, principalement à ma sauge et ma lavande, parce qu’elles servent aussi à m’aider à gérer les douleurs liées à mon cycle (on peut faire tellement d’autres choses avec notre sang menstruel, c’est fou ce qu’il contient !). Et ces derniers mois, Isis m’amène toujours à aller plus loin, à travailler en profondeur le sujet. J’ai reçu beaucoup de femmes pour des soins, qui ont eu ou sont atteintes du cancer du sein, ou qui sont porteuses du poids de leur lignée féminine. J’ai reçu cet été une personne atteinte d’endométriose qui a déjà subi plusieurs opérations et qui connaît des douleurs insupportables malgré la prise de pilule qui la prive de son cycle. Et amusante synchronicité, c’est le lendemain de mon bilan avec le spécialiste qu’elle a choisi de me dire que le soin lui avait fait beaucoup de bien et l’avait soulagé, qu’elle supportait beaucoup mieux les douleurs depuis, sans que je lui aie parlé de mon bilan…

Alors je vais continuer sur ma lancée. Oui je suis angoissée par ce nodule présent en moi à ce stade, sur cette zone particulière. Mais je suis une femme. Je suis une sorcière. Je suis une prêtresse. Je suis apte à prendre soin de moi et à me guérir. J’utilise les pouvoirs des plantes, des huiles essentielles, des minéraux, de la terre, des sons et des vibrations, les soins d’Isis… J’ai une bouillotte comme meilleure amie, et même des Fleurs de Bach pour calmer les nerfs ! J’ai aussi lu sur le sujet, sur le cycle, sur la Lune, participé à des ateliers, des stages, qui m’ont beaucoup appris sur moi et mon cycle (et ce n’est qu’un début !)… Je ne suis pas seule. Je suis aussi capable de faire appel à des aides, à m’offrir un soin de temps en temps, pour qu’on s’occupe de moi. A demander des conseils, même si c’est difficile, même si j’ai peur d’embêter avec ça, je peux oser, j’ai le droit de demander de l’aide. Je sais que nous sommes nombreuses et que d’autres femmes peuvent m’apporter des clés, même si la plupart sont déjà en moi…

Depuis cette prise de conscience et le début de ce travail, les symptômes vont et viennent, j’ai parfois un peu de répit, parfois c’est très difficile. Mais j’ai déjà bien avancé je trouve, on a bien avancé, parce que j’ai envie de dire que nous sommes deux avec ça, j’ai un mari absolument formidable à qui je peux me confier, qui m’a accompagné à chacun de mes rendez-vous et examens, qui sait lire dans mes yeux même quand ma parole est bloquée, qui m’aide et m’entoure de sa bienveillance et de son amour, et c’est l’un des plus beaux soins que je puisse recevoir…

Oh et grosse amélioration depuis trois mois, je suis « réglée » ! Ovulation à la pleine Lune, menstruation à la Nouvelle… C’est drôle car le bilan devait avoir lieu il y a deux semaines mais la secrétaire avait fait une erreur et le spécialiste n’était pas là. C’était donc ce mardi 24, lendemain de l’équinoxe d’automne, à la fin de mon cycle, avant d’en débuter un nouveau, que le bilan devait être effectué…

J’en suis là aujourd’hui, et, wahou ce qu’écrire tout ça m’a fait un bien fou ! J’étais mal depuis deux jours, mais bloquée, impossible d’en parler à qui que ce soit, même pas à mon amoureux, mes amis ou mes sœurs, et là j’ai écrit, j’ai mis à plat, j’ai éclairci, j’ai pleuré, et je me sens mieux ! Je me sens prête à avancer avec ça, à travailler en profondeur pour ressortir plus moi encore, plus authentique, plus vraie, plus femme… Et aussi à en parler, à aider et être aidée. Merci la Vie ! Merci de m’apporter, même à travers l’épreuve, de quoi toujours me faire monter plus haut, aller chercher plus loin, accepter et comprendre. Je vais poursuivre sur cette voie d’amour et de confiance en moi, je vais apprendre et grandir… J’ai tout un monde à découvrir : mon propre monde intérieur ! Et je suis super boostée pour lui faire du bien, même si ça veut dire changer certaines habitudes pour en prendre de nouvelles, si c’est ok pour mon corps, alors maintenant ce sera ok pour moi… Je me sens enfin prête à respecter ma Nature, ma Planète, ma Terre intérieure, mon Corps de Femme…

« La Nature a ses rythmes, ses écosystèmes, garants de la vie. Les nier, les maltraiter, nous en voyons tous les jours les conséquences désastreuses sur la planète. Le même phénomène se déroule tous les jours à l’intérieur de chacune de nous, tant que nous ne nous mettons pas à l’écoute de notre terre intérieure, de notre materia prima, notre corps, notre maison pour la vie. » Sagesse et pouvoirs du cycle féminin, M.P. Pérès et S.M. Leblanc, éditions Le Souffle d’Or, p.60