La perte brutale d’un être cher provoque un véritable choc émotionnel. On ne s’y attendait pas, on n’était pas prêt, on l’a rappelé beaucoup trop tôt… On passe par des tonnes de phases différentes en très peu de temps, je dis des tonnes car à chaque fois on en ressent bien tout le poids. D’abord le choc, puis la tristesse, mais le déni prend place, alors vient le rire, les souvenirs, puis la colère, l’impression d’une tristesse infinie, le doute, le vide, le trop-plein, les nerfs qui lâchent… Notre corps ressent aussi profondément toutes ces émotions, ils nous montrent qu’il a mal, qu’il a besoin de digérer lui aussi. Il nous provoque des douleurs, il rallume des plaies. Et le pauvre on ne le préserve pas assez, on ne mange pas, ou on mange trop, on mange mal, mais on s’en fiche parce qu’avoir mal, c’est être vivant. Et ô combien nous en avons la chance…

Il y a 9 jours j’ai perdu quelqu’un comme ça, j’ai traversé toutes ces phases, j’ai ressenti tout cela, dans ma tête, dans mon cœur et dans mon corps tout entier.  J’ai eu la compréhension avant l’acceptation. J’ai reçu la nouvelle par message en pleine nuit et je me suis immédiatement connectée à lui, choquée, le cœur battant la chamade. « C’était un accident ». Voilà ce que j’ai reçu. J’ai eu mon mari au téléphone qui m’a tout expliqué, oui, un accident comme il y en a des milliers, un truc imprévisible et totalement inattendu, « la faute à pas d’chance »… Alors j’ai pleuré et j’ai ri pour relâcher, j’ai dédié un autel à notre ami, le frère de cœur et d’âme de mon mari, le témoin de notre mariage, mon frère à moi aussi, même si c’était plus court, même s’il m’aura fallu cette perte pour en prendre conscience… Et je suis allée le retrouver pour prendre de ses nouvelles. J’ai bien compris qu’il était parti, je suis partie avec lui tous les jours pour l’accompagner dans les diverses étapes qu’il a eu à traverser, j’avais des images, des sons, des couleurs, j’avais de ses nouvelles, de ses mots… Chaque jour je me suis remerciée d’avoir développé mes capacités parce que j’étais prête pour cet accompagnement et, de façon plus égoïste, parce que j’avais simplement cette chance incroyable de pouvoir communiquer avec lui. Pourtant, j’ai mis 7 jours à accepter. Accepter de ne plus pouvoir le voir physiquement. Pourtant j’avais conscience en me connectant à lui qu’il vibrait différemment, j’avais conscience de l’accompagner dans des étapes qui lui permettaient d’ascensionner. Jusqu’à la cérémonie où j’étais là mais pas là, j’étais avec les vivants et avec le mort, je suis sortie les larmes aux yeux en me disant que ce n’était pas vrai. Le soir à la fête je n’arrêtais pas de le voir passer les portes, ou plutôt j’attendais qu’il soit là, j’attendais qu’il me présente tous ses amis que je ne connaissais pas, j’attendais qu’il me présente cette grande famille qu’il s’était choisie, j’attendais de pouvoir lui dire qu’il avait organisé une soirée formidable… Mais il n’est jamais venu. En fait si, il était là, mais il était invisible. Je l’ai simplement vu, avec des ailes, et j’ai compris qu’il était prêt. Je n’ai pu accepter, dire aurevoir, que le lendemain, lorsqu’un arbre a été planté pour lui. Quand j’ai ramassé un peu de terre pour la poser au pied de cet arbre, sa dernière demeure, dans les vignes, quand j’ai laissé tomber cette terre et que j’y ai laissé mes mains posées une fraction de secondes, j’ai pu dire aurevoir. Seulement à cet instant.

J’ai la conscience de son Être qui vit encore, qui vibre plus fort, qui nous accompagne à chaque instant. Il n’est plus physiquement. Mais il est. C’est un Être Invisible, mais il est. Il est simplement ailleurs, sous une autre forme. Il a accompli tout ce qu’il avait à faire ici avec nous tous, même si c’était vraiment trop court. Il a terminé ici et il a été rappelé parce qu’il a d’autres choses à accomplir. Et il est aussi en chacun de nous, à travers sa famille et ses amis, ses nombreux frères et sœurs qu’il s’était choisi. Il continuera de vivre, même si nous ne le verrons plus, il sera toujours. Il sera dans tellement de souvenirs, tellement d’apprentissages, tellement d’instants…

J’avais besoin d’écrire cela pour moi mais aussi pour tous ceux qui l’ont aimé comme un fils, comme un frère, comme le meilleur des amis qui soit. Pour tous ceux qui ont perdu un être cher et qui se demande encore pourquoi et comment poursuivre sans cet être. Le lendemain de cette nouvelle, en allant au travail, je pensais « la vie continue, Marine, regarde tous ces arbres magnifiques aux couleurs de l’automne, écoute tous ces oiseaux qui chantent, voit cette beauté qu’est la vie, continue à vivre tes rêves et à t’émerveiller devant la Nature, tu ne peux rien faire de mieux que cela pour honorer sa mémoire ». C’est à ce moment qu’un héron a pris son envol juste devant moi, je n’avais jamais vu ça, jamais d’aussi près. Ce héron, symbole d’immortalité, venait me rappeler que nous ne mourons jamais vraiment, que chaque mort poursuit son cheminement sous une autre forme, que l’âme elle est immortelle.

N’oubliez jamais cela, pensez à cet être cher avec beaucoup d’amour et de lumière, pensez qu’il est encore, au-delà du physique, pensez que l’Être invisible ne meurt jamais. Et continuez à vivre parce que la vie est une véritable chance, parce que nous avons des tas de choses merveilleuses à accomplir ici. Et nous nous retrouverons le moment venu, tout en comprenant que nous ne nous serons jamais vraiment séparés…

Pour ma part je vais continuer, avec acharnement, parce que s’il y a bien quelque chose que notre ami m’aura appris, c’est de vivre ses rêves, de vivre pleinement ses envies, peu importe les obstacles ou galères à traverser, rester authentique et garder les objectifs dans le viseur, tout en aimant pleinement la vie, tout ce qui la composent et tous ceux qui la visitent à nos côtés, aimer la nature, aimer les petits plaisirs de la vie, manger, boire, écouter et jouer de la musique, lire, apprendre, rire, aimer ses amis, sa famille, aimer les gens, tous les gens, laisser sa chance à chacun de faire partie de sa vie, croire en chaque être vivant, enfin mettre de côté la société moderne pour vivre en harmonie avec soi-même, la nature et les autres, être aligné avec son côté marginal, sans vouloir toujours rentrer dans le moule.

Nous avons tous des rêves à vivre, vivons-les pour ceux qui l’ont ou ne l’ont pas fait avant nous. C’est ça la vie, s’accomplir entièrement, aller au bout de notre accomplissement. Et alors l’âme, l’Être invisible, voguera vers d’autres horizons, d’autres missions. A chaque mort doit succéder la vie.